Une économie “(dé)matérialisée”

Une économie “(dé)matérialisée”

« Economie de la connaissance », « développement durable », « croissance verte » sont autant de termes pour désigner le modèle économique vers lequel nous devons tendre pour atténuer notre empreinte écologique. Vantant la prétendue sobriété de la technologie et du numérique, cette approche semble souvent sous-estimer les externalités qu’elle engendre.

Consommation d'énergie du numérique

En croissance de 10 % par an ces dernières années, la consommation énergétique du numérique atteint désormais les 3600 TWh, soit environ 3 % de l’énergie mondiale (elle-même en augmentation, Cf. partie I).

Rien qu’en électricité, le numérique consomme, au niveau mondial, l’équivalent de la moitié de la consommation française

Ordinateurs, Data centers ou objets connectés nécessitent toujours plus d’énergie, non seulement en terme de consommation quotidienne due aux usages mais aussi pour leur fabrication (autour de 40% du total pour l’extraction des matériaux, leur transformation, leur transport).

La multiplication des usages et des périphériques ainsi que l’explosion du nombre de données à traiter (Data centers) expliquent la forte croissance énergétique du secteur.

Intensité énergétique

Pour ne rien arranger, on constate que l’intensité énergétique du numérique (c’est-à-dire la quantité nécessaire d’énergie pour produire 1 $ de revenu) est en constante augmentation, alors que celle de l’économie « classique » est en recul.

Un indice supplémentaire d’une sobriété illusoire ?

Energie et ...matière

Exemple du smartphone

Objet technologique complexe, doté de nombreuses fonctionnalités, le smartphone contient un nombre impressionnant de métaux, certains étant disponibles dans un nombre restreints de pays. Au-delà des interrogations concernant les limites des ressources disponibles, se posent des questions d’ordre géopolitiques et de risques d’approvisionnement.

Légende

Le risque sera d’autant plus élevé dans les années qui viennent que le numérique n’est pas le seul secteur à nécessiter ces métaux. Ceux-ci sont également indispensables aux technologies « bas carbone » de la transition énergétique (ENR et stockage électrique).

Nous assisterons alors à une concurrence entre secteurs économiques (et états) pour l’approvisionnement de métaux déjà en forte tension (cobalt, lithium, cuivre…).

Le cas emblématique des terres rares, dont la dépendance à la Chine dépasse les 80%

Les terres rares, qui ne sont pas si « rares » que ça, sont des métaux présents dans la plupart de nos objets technologiques.
Leurs propriétés multiples (voir le schéma ci-contre) a notamment permis la miniaturisation de la technologie et ainsi de concentrer dans un même objet (par exemple le smartphone) tout un tas de fonctionnalités.

Désormais indispensables pour tout ce qui à trait à l’électronique, ces métaux représentent déjà un enjeu stratégique et géopolitique puisque la Chine dispose d’un quasi monopole qui fait peser sur l’avenir des approvisionnements un risque sévère.

Par ailleurs, leur production est un désastre écologique à plusieurs titres :
Elle nécessite une grande consommation d’énergie (notamment fossile) pour leur extraction (elles sont très peu concentrées), leur transformation et leur transport.
Les mines présentent également un danger environnemental, nécessitant beaucoup d’eau et des produits chimiques très polluants qui, en se déversant dans l’environnement, vont constituer un risque sanitaire. C’est une des raisons pour lesquelles l’extraction de ces métaux se fait essentiellement en Chine, où les normes environnementales et sociales sont moins strictes qu’ailleurs.

Sources :

Shift Project : projet “lean ICT”
BRGM
Commission européenne (Critical raw materials)
John Seaman (Notes de l’IFRI)