Synthèse et conclusion (5/5)

Synthèse et conclusion (5/5)

La systémique n’est ni une science, ni même une discipline. Elle est avant tout une approche du réel, une manière de comprendre comment nous acquérons de la connaissance sur le monde et organisons notre action en son sein. Elle se nourrit des découvertes scientifiques du siècle dernier qui nous invitent à reconsidérer les croyances nées de la science moderne analytique : la nature n’est finalement pas déterministe, l’incertitude règne en maître et nos statuts d’acteur et d’observateur influent sur notre perception du réel qui est nécessairement parcellaire (“système observant”).
Dans cette conception, la nature est faite d’ensembles qui interagissent, parfois s’auto régulent et font émerger des propriétés que l’étude des éléments qui les composent ne peut expliquer. La systémique est une pensée de la complexité dont l’humilité s’oppose à l’hubris de la pensée analytique qui a longtemps prétendu tout pouvoir expliquer, tout prévoir (et qui le prétend encore malgré l’évidence de ses limites et la démonstration de ses lacunes).

La systémique nourrit et accompagne l’émergence d’une nouvelle ontologie, une nouvelle représentation du monde qui nuance et critique le naturalisme occidental qui introduit le dualisme nature / culture et place une frontière hermétique entre le milieu et l’humain.

A la conception matérialiste (avatar du naturalisme), pour qui le monde est constitué par le jeu aveugle des atomes et de leurs relations, la systémique oppose une conception organisationnelle du monde qui suppose que le réel présente une organisation spontanée et diversifiée, avec des niveaux de complexité croissants, siège d’échanges de flux d’énergie et d’information entre ses éléments, tous en relation entre eux et inclus dans l’environnement.

 

Alors que nos sociétés se figent encore trop souvent dans des schémas où ne règnent que les lois de la mécanique classique, elles semblent ignorer les leçons “philosophiques” de la thermodynamique et de la notion d’entropie.
La nature favorise les structures qui dissipent le plus d’énergie. L’évolution a ainsi fait se développer des organisations de plus en plus complexes maximisant la dissipation d’énergie. Ainsi, les société humaines dissipent 10 000 fois plus d’énergie par unité de masse qu’une étoile…Une telle complexité a fait émerger des propriétés non déductibles des éléments qui la composent.

L’approche systémique vise à combler les lacunes de l’approche analytique en adoptant une alternance de points de vue : du global au local, du général au particulier, de l’immédiat au temps long…Elle a construit pour l’y aider une méthodologie transdisciplinaire afin de rassembler et d’organiser le savoir sur une réalité observée. La modélisation n’est qu’un moyen, propre au modélisateur et spécifique à ses intentions, d’atteindre un objectif global, guidé en cela par une éthique et non un besoin d’efficacité. Cette modélisation lui permet de rendre son rapport au réel intelligible et de naviguer dans la complexité. Elle est une méthode qui s’adapte aux limites et prédispositions cognitives de l’être humain.

Considérons pour le comprendre l’analogie du joueur d’échecs : on vante souvent la mémoire phénoménale des grands maîtres. Même si ce n’est pas totalement faux, les grands joueurs d’échecs ne mémorisent pas l’ensemble des coups possibles dans chaque configuration de l’échiquier. C’est humainement impossible. Ce qu’ils mémorisent, ce sont des modèles (patterns) récurrents : des structures et des dynamiques de jeu. Ces modèles sont très nombreux (plusieurs dizaines de milliers) mais beaucoup moins que l’ensemble des configurations possibles, plus ou moins probables.
De même, le systémicien essaie de reconnaître dans les systèmes qu’il étudie, des structures et des fonctions propres à d’autres systèmes pour identifier sa dynamique, ses vulnérabilités et/ou proposer des alternatives.

Pour conclure ce dossier, ci-dessous une comparaison des approches analytiques et systémiques pour comprendre que l’une n’exclue pas l’autre mais la complète.

A mon sens, et pour schématiser, la systémique est indispensable pour l’analyse qualitative et l’identification des problèmes à traiter, problèmes que l’approche analytique permettra de quantifier.

Bibliographie

Bertalanffy, L. von, (1968). Théorie générale des systèmes.
Shannon, C. E. et Weaver, W. (1949). The mathématical Theory of communication.
Wiener, N. (1952). Cybernetics and Society, the Human Use of Human Beings (traduction : “Cybernétique et société, l’usage humain des êtres humains”).
Le Moigne JL (1985) The intelligence of complexity.
Le Moigne JL (1990) La modélisation des systèmes complexes. Dunod, Paris.
Simon HA (1972) Human Problem Solving.
Simon HA (1992) La science des systèmes (traduction française).
Von Foerster H (1991) Ethique et cybernétique de second ordre.
Morin E (1991) De la complexité.