Drill, Baby, drill !

Drill, Baby, drill !

Bien que l’on trouve des traces d’utilisation de pétrole dès l’antiquité (on l’utilisait déjà comme combustible 6000 ans av. JC en Mésopotamie), on considère que le début de son exploitation à grande échelle remonte à l’année 1859, quand le « colonel Drake » fore son premier puits en Pennsylvanie, lançant ainsi une ruée vers l’or noir qui ne fera que s’étendre au cours du 20ème siècle.

Le pétrole (du latin « petra » et « oleum », littéralement « Huile de pierre ») incarne à lui seul notre civilisation contemporaine. Celle de l’énergie abondante. Formé au cours de dizaines de millions d’années dans le sous sol de la terre à partir d’organismes morts, doté de propriétés multiples et d’une densité énergétique rare, il représente pour certains une fantastique source de richesses. Pour d’autres, tels que Perez Alfonso, père fondateur de l’OPEP, le pétrole incarne la « merde du diable ».

Objectif stratégique de toutes les guerres modernes, quand il n’en est pas le motif principal, l’or noir est au cœur de la vie économique et géopolitique. Représentant plus du tiers de notre consommation d’énergie, il est indispensable au fonctionnement de notre civilisation thermo-industrielle, à notre confort et notre croissance.

“In other words : Drill, baby, drill ! And drill now !” (“Autrement dit : fore, chéri, fore ! Et fore maintenant ! ”), telle fut la formule employée par Michael Steele (puis reprise par l’inénarrable Sarah Palin) au cours des élections présidentielle de 2008 aux Etats Unis. Ce slogan est dans la même veine que l’expression qu’employa George Bush père quand il s’exprima lors de la conférence de Rio en 1992 : “Le mode de vie américain n’est pas négociable. ”. “In other words” : entre pétrole et environnement, nous avons choisi.

Le sang noir du Marché alimente l’économie mondialisée…ainsi que les profits des Majors

Les flux européens


Grâce aux gisements de la mer du nord (en déclin), l’Europe dispose encore d’une source non négligeable de pétrole. Mais sa dépendance à l’égard des pays producteurs (en premier lieu de la Russie) risque de s’accentuer dans les toutes prochaines années

Les multiples propriétés du pétrole le rendent indispensable à tous les secteurs de l’économie. Matières plastiques, solvants, cosmétiques, textiles, détergents, médicaments, bitume…tous ces produits sont directement issus du pétrole. Mais bien entendu, c’est à sa combustion que l’on pense instinctivement. Pour se chauffer ou cuire ses aliments (fioul) mais surtout pour se déplacer, sur terre, sur mer ou dans les airs. Ainsi, le secteur des transports dépend aujourd’hui à 92 % du pétrole (essence, gasoil, kérosène…).

Prospérité matérielle et pétrole, une corrélation quasi parfaite.

Qui de l’œuf ou de la poule ?

Le graphique ci-dessus nous éclaire sur le lien étroit qui uni économie et pétrole. La croissance de l’une emprunte la même dynamique que la croissance de l’autre. Le pétrole permet d’augmenter les flux de matière, d’accélérer les échanges donc de d’intensifier le business. Une bonne façon de voir quelle croissance influence l’autre, est de regarder quelle est celle qui précède l’autre. Or, on a ici tous les cas de figure : si l’économie entre en récession pour x raisons, la demande en pétrole baisse et on assiste à une chute de la production.

Le manque d’investissements consécutif de la crise peut également freiner le développement des infrastructures pétrolières. Symétriquement, une contrainte en pétrole va entraîner une baisse de l’offre de pétrole et in fine ralentir les échanges marchands, donc entraîner une crise économique. Dans tous les cas, il est impossible d’observer un découplage entre offre de pétrole et croissance économique. De telles observations ne peuvent que confirmer la pertinence de l’appellation « Or noir ».

Une grille de lecture de la crise des subprimes

Repousser les limites



Le Vénezuela dispose des plus grandes réserves au monde (300 milliards de barils)., devant l’Arabie Saoudite (270 milliards de barils). Pourtant, sa production est loin d’être optimale (seulement 10ème producteur mondial) . C’est pourquoi ses réserves évaluées en années de production sont si importantes comparées à celles de l’Arabie Saoudite.


Evaluer les réserves en années de production a ses limites. La production est très dépendante des conditions économiques et techniques (c’est pourquoi elle varie d’années en années). Il est délicat d’anticiper ce que seront ces conditions dans quelques années. Avoir 50 années de réserves avec un baril à 50 $ ou 200 $ ne signifie pas exactement la même chose.

Il existe de nombreux types de pétrole (viscosité, densité…) et tous n’offrent pas la même facilité d’extraction (dit autrement, la même rentabilité). Le pétrole le plus « facile » (dont les principales ressources se situent en Arabie Saoudite) est dit « conventionnel » et représente moins du tiers des réserves. Ce pétrole conventionnel a connu son pic d’extraction en 2008 (maximum de production). Depuis, on en extrait de moins en moins.

La question n’est pas de savoir s’il nous reste beaucoup de pétrole sous les pieds (il en reste probablement bien plus que tout ce qu’on a consommé depuis plus d’un siècle). La question est d’anticiper le moment où il ne sera plus suffisamment rentable de l’extraire pour assurer la croissance de l’économie. Certains indices nous laissent penser que ce moment peut-être plus proche qu’on ne l’imagine. Au-delà de la question environnementale (climat, pollution) et d’un abandon choisi qui semble illusoire, il ne faut donc pas écarter l’hypothèse de la proximité d’un abandon subi de cette source d’énergie qui nous a amené la prospérité et le confort dont on jouit aujourd’hui.

Jusqu’ici, tout va bien…

Ce graphique montre que les pays dont la production augmente compensent difficilement ceux pour lesquels la production décline (pour des raisons économiques, politiques ou géologiques selon les cas).

Seuls les Etat-Unis et l’Irak (et dans une moindre mesure le Canada) permettent à la production mondiale de continuer de croître pour répondre à la demande.

Dans le cas des Etat-unis, c’est l’essor du pétrole de schiste qui maintient la production à un niveau élevé. Le problème est qu’il s’agit là de gisements peu rentables (90% des producteurs, surendettés, n’ont pas fait de bénéfice à ce jour) et dont la durée d’exploitation est sans commune mesure avec celle des gisements de

pétrole conventionnel (quelques années au mieux). Il faut donc constamment « forer » pour exploiter de nouveaux gisements, avec des conséquences désastreuses pour l’environnement et des contraintes économiques grandissantes.

Dans le cas de l’Irak, c’est la faible exploitation passée de ses gisements pour cause de guerre et d’embargo continus depuis plus de 20 ans, qui permet à sa production de prendre un nouvel essor. Mais la situation y reste précaire.

Un autre indice nous éclaire sur la dynamique à venir : l’évolution des découvertes.

Evolution des découvertes de nouveaux gisements par décennies

Depuis les années 60, les plus fructueuses de l’Histoire en termes de découvertes, la prospection connaît de moins en moins de succès.

Sources :

AIE (Agence Internationale de l’Energie)
BP Statistical Review
Banque Mondiale